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Quand le travail fait mal

Vous n’arrivez plus à faire face aux demandes de plus en plus pressantes de votre employeur ce qui a des répercutions sur votre vie personnelle et sur votre santé. Vous êtes devenu irritable ? Vous avez du mal à trouver le sommeil ? Ne cherchez plus, vous présentez tous les symptômes de la personne stressée ! Vite réagissez, sortez la tête hors de l’eau… respirez !

Le stress s’installe insidieusement et devient de plus en plus envahissant. Vous vous sentez oppressé comme près des 230.000 (3) personnes qui souffrent du stress chaque année. Il survient généralement lorsqu’il y a un déséquilibre entre votre perception des contraintes imposées par votre environnement et la perception que vous avez de vos propres ressources pour y faire face. Le stress chronique, appelé aussi hyperstress, agit sur votre immunité. Il favorise les réactions allergiques et il altère vos défenses naturelles. Différents symptômes font leur apparition. Les symptômes physiques qui correspondent à des douleurs telles que les maux de tête, les douleurs musculaires, articulaires… Il y a aussi les troubles du sommeil qui peuvent s’accompagner de troubles de l’appétit et de la digestion. Les symptômes émotionnels qui accroissent votre sensibilité, votre nervosité ; s’ensuivent des crises de larmes voire des crises de nerfs, des crises d’angoisse et/ou d’excitation, une apparente tristesse… Les symptômes intellectuels perturbent votre concentration et entraînent des troubles de la mémoire. Quant aux symptômes qui ont trait au comportement, ils peuvent engendrer un certain repli sur soi, de l’évitement, de la froideur, de la rigidité, de la colère, de l’agitation, la prise de drogues, de médicaments, ou d’alcool. Bref, vous ressentez une grande lassitude, vous êtes dépassez !

50 à 60 % des absences au travail seraient dues au stress (4).

Différents facteurs de stress sont liés, quant à eux, au contenu même du travail, à l’organisation, aux relations de travail, à l’environnement. Pour d’autres il s’agira de la non reconnaissance de la personne et de son travail, et du manque d’estime. Contrairement au harcèlement qui découle souvent de relation d’individu à individu, le stress, lui serait plutôt multifactoriel. Les situations stressantes sont dues au fait de devoir souvent ou toujours se dépêcher, interrompre une tâche qu’on est en train de faire pour en effectuer une autre qui n’était pas prévue. D’autres facteurs stressants sont en ligne de mire : l’inadaptation des horaires de travail aux rythmes biologiques ou à la vie sociale et familiale. Il y a aussi le stress lié à l’environnement avec des nuisances physiques tels que le bruit, la chaleur, l’humidité, dans des conditions difficiles avec des lieux ou des postes mal conçus, qui manquent d’espace ou d’éclairage.

La compétition et la compétitivité de et dans l’entreprise engendrent une charge de travail trop lourde pour le salarié. Une charge qui finit par peser et par entraîner une baisse de ses capacités d’analyse et de résistance. Plus d’un travailleur sur deux travaille dans l’urgence ; plus d’un sur trois dit appliquer strictement les consignes ou reçoit des ordres contradictoires. Pour un travailleur sur trois également, les relations dans le travail sont source fréquente de tensions. Enfin, le sentiment de responsabilité, vis-à-vis de son travail, concerne de plus en plus de travailleurs.

En apprenant à cerner la source du stress et en hiérarchisant les priorités, nous atténuons déjà notre stress. Une bonne hygiène de vie nous permet de mieux appréhender le stress et certains trouveront une échappatoire en pratiquant des techniques de relaxation. Même face à une situation d’urgence, il est bon de prendre un peu de recul, voire de lâcher prise par certains moments.

Enfin, si un compliment est toujours le bienvenu, il s’avère que dans notre monde actuel il se fait de plus en plus rare. Il nous faut donc être moins en attente de la bonne parole qui nous ramène tel un enfant aux regards bienveillants de nos parents. Eviter de se mettre en position de victime, et se dire au fond de soi-même, non je ne suis pas un superman, non je ne suis pas une superwoman mais j’ai d’autres qualités. Bref, avant tout éviter de se dévaloriser.

Suicides chez Renault

En février 2007, Raymond D., qui travaillait au Technocentre Renault de Guyancourt s’est donné la mort. Il avait laissé une lettre expliquant qu'il ne se sentait "pas capable de faire ce travail, que le travail était trop dur à supporter". C’était le troisième suicide en quatre mois chez Renault, et le cinquième en trois ans. Pour un membre d’un syndicat il était évident que "le climat anxiogène qui régnait dans l'entreprise" avait joué un rôle important dans ces passages à l’acte et que ces situations avaient été aggravées par la pression et le stress au travail. « Il ne faut pas avoir peur d’ouvrir la boîte de Pandore, estime le Docteur Patrice Cristofini, membre du Comité médical et scientifique du groupe de protection sociale Médéric (1). Il faut aller vers une pratique d’ingénierie de la santé au travail. On ne peut plus dire qu’on ne sait pas ! » D’un côté, pour aider les entreprises à lutter contre le stress, les cabinets de consultants sont encore trop peu nombreux : Stimulus, Euro Consulting Partners… De l’autre, pour le salarié, hormis les consultations chez un psychologue, il n’y a que 30 unités de pathologies professionnelles dans les hôpitaux en France. Comptez près de 3 mois d’attente pour obtenir un premier rendez-vous.

Nous nous trouvons face à une absence totale de reconnaissance du travail accompli. Des collègues qui ont du mal à se soutenir et à être à l’écoute de l’autre tout comme l’encadrement managérial qui est souvent peu participatif, autoritaire, voire déficient. Il n’y a plus de place pour les compliments, les encouragements. Les facteurs de personnalité jouent un rôle important dans la survenue du stress. Certains sont plus prédisposés que d’autres à percevoir et à ressentir la réalité comme menaçante, problématique et pénible. D’autres sont moins « armés » face aux événements négatifs de la vie professionnelle. Les actions à mettre en œuvre dépendent de chaque situation. Certaines personnes sujettes à des situations professionnelles stressantes ont du mal à identifier l'origine de leur malaise. Il en ressort souvent des revendications en termes de moyens ou de primes, qui sont autant de demandes de reconnaissance professionnelles et affectives qui se transforment alors en demandes plus acceptables que : "Aime-moi parce que j'ai bien fait ce que tu m'as demandé" (je suis un bon enfant qui mérite d'être aimé, et pas abandonné). En dehors du remaniement nécessaire de l'environnement professionnel et de ses contraintes, une approche psycho dynamique visant à l'autonomie individuelle est une des meilleures préparations aux situations stressantes, ou plutôt à leurs conséquences.

Le stress par surcharge de travail :

Votre rythme de travail s’accélère. Vous manquez de temps pour accomplir, dans de bonnes conditions tout ce que vous aviez à faire, et vous courez souvent. 50 % des français déclarent travailler dans l’urgence pour faire face à l’augmentation de l’intensification du travail. Vous êtes régulièrement interrompu dans votre travail pour effectuer une autre tâche qui n’était pas prévue. Et, malgré cette surcharge, votre travail devra toujours être parfait, de qualité et précis. Vous êtes stressé et objectivement, il y a de quoi !

Conseils :

Hiérarchisez, déléguez si vous le pouvez, et sans les mettre de côté, ni les oublier, organiser les tâches par ordre de priorité et par degré d’importance. Demandez à ce que vos tâches soient clairement redéfinies de manière à adapter votre travail à vos capacités et à vos propres ressources. Etablissez des priorités ; essayer de différencier les efforts extrinsèques qui correspondent à votre surcharge de travail, aux contraintes de temps, à vos responsabilités, aux heures supplémentaires effectuées des efforts intrinsèques qui incombent à votre personnalité. Enfin, apprenez à dire « non », à dire « stop » et trouvez des périodes de repos et d’intimité.

Dévalorisation de soi :

Vous êtes de plus en plus responsabilisé dans votre travail et c’est à vous de vous débrouiller (seul de préférence). Devant les tâches accumulées, vous vous sentez débordé, vous n’arrivez plus à faire face et vous ressentez un sentiment de culpabilité. Le manque de reconnaissance de votre travail par votre entourage ou votre hiérarchie, l’absence de gratification ou d’encouragements participe à votre état. Votre énergie psychologique est épuisée. Vous n’êtes plus motivé, vous n’avez plus aucune énergie. Un sentiment d’inutilité vous envahit, vous remettez tout en question. Arrêtez cette spirale infernale et reprenez confiance en vous.

Conseils :

Améliorez la communication avec votre entourage et effacez les incertitudes qui sont source de stress. D’autres personnes, autour de vous, rencontrent probablement les mêmes difficultés et cela vous soulagera d’en parler. Revendiquez votre place. Identifiez vos ressources : Qu’est ce que je veux ? Qu’est ce qui me préoccupe ? Qu’est ce que je peux faire ? Est-ce que je peux le faire ? Apprendre à dire non, exprimer ses souhaits, ses émotions, répondre aux critiques et s’il le faut demander un changement de poste. Redonnez un espace à votre vie personnelle et trouvez d’autres centres d’intérêts.

La peur de perdre son emploi

Avec la surenchère à la compétitivité sur le plan national ou international certains facteurs de stress sont ainsi liés à l’environnement socio-économique. La mauvaise santé économique de l’entreprise affichée ou l’incertitude sur son avenir peut entraîner les salariés à s’adapter rapidement aux variations des délais fixés pour la réalisation des tâches. Que dire aussi de l’incidence, des contrats de travail de plus en plus précaire. La peur du chômage génère souvent une mauvaise ambiance au travail. C’est la politique du « chacun pour soi » avec les conséquences que cela entraîne.

Conseils :

Comment ressentez-vous cette compétitivité ? Evaluez l’enjeu de la situation. Est-ce que vous vous sentez menacé ? La menace est-elle réelle ou disproportionnée ? Evaluez les ressources dont vous disposez pour agir, répondre et intervenir sur la situation. Essayer de mettre en place des réponses à cette situation en adoptant des stratégies d’adaptation ou d’ajustement au stress. L’analyse d’une situation et son appréciation sont complètement subjectives.
Prenez de la distance, dédramatisez même si c’est plus facile à dire qu’à faire.

(Trois millions de personnes sont atteintes de dépression aujourd’hui en France (3))

J’arrête de me stresser :

Arrêtez de vous stresser, en apprenant à différencier vos facteurs de stress : pour lesquels nous sommes acteurs et qui vous incombent, de ceux que vous subissez puisqu’ils viennent de l’extérieur. Dans un second temps, envisagez quelques solutions appropriées. Ecoutez votre organisme qui est souvent le premier révélateur (symptômes physiques) et aussi votre entourage proche qui peut vous alarmer sur votre comportement (symptômes psychologiques). Apprenez à dire non, à dire stop, exprimez vos envies et échangez sur vos difficultés ; se livrer, vider son sac pour dire toute sa souffrance, est déjà un grand pas vers le soulagement. Ce changement de comportement vous incitera à ne plus être en réaction face aux situations ou à les subir, et il entraînera une certaine libération et une affirmation de votre personnalité. Evitez d’effectuer toutes activités dans la précipitation, dans l’urgence, avec impatience qui sont des facteurs qui à force de répétition entraînent souvent le découragement. Trouver votre propre moteur, vos motivations qui vous permettent d’avancer à votre rythme. Evitez de « vous mettre » la pression ou de la « mettre » aux autres. Trop de pressions entraîne souvent une dé-pression.

Burn out et sortie de route !

Le Burn out c’est l’au-delà du stress, le trop plein, l’explosion voire l’implosion interne. C’est le psychanalyste new-yorkais, Herbert J. Freudenberger qui semble à l’origine de ce terme. Il l’employait dans son livre sur l’épuisement paru en 1980, pour décrire les conséquences du rêve américain. Il correspond à un travail énergique voire acharné pour jouir d’un confort matériel. Confort qui procure une certaine sécurité, un statut et de la reconnaissance. Donc vous travaillez toujours plus, pour gagner beaucoup d’argent de manière à satisfaire des besoins qui serait induit par la société de consommation. Mais à force de travail, on n’a plus d’énergie, la vie perd son sens et l’incendie débute. Les sentiments qui accompagnent un épuisement professionnel sont souvent douloureux. Une perte d’énergie et une sensation d’abattement en sont les premiers signes. Ensuite, l’indifférence s’installe et si elle perdure, l’ennui et le cynisme la remplacent. S’installe un émoussement des affects, une incapacité à travailler, à réfléchir. Certaines personnes deviendront impatientes et face à l’incapacité qu’elles ressentent devant ta tâche à accomplir, leur irritabilité grandira et se dirigera vers tous ceux qui l’entourent. De plus, nous sommes dans une société qui trouve plus respectables les maux physiques que les maux psychologiques. Aujourd’hui, plus que jamais, il faut privilégier la communication et l’intimité dans nos relations. Plus la société nous entraîne à performer et à rechercher des signes de réussite comme le salaire et les postes élevés, plus en même temps, elle nous dirige vers l’incendie, vers le burn out.


(1)étude réalisée auprès de 300 Directeurs des Ressources Humaines et 250 salariés, par l’IFOP, en octobre 2007, pour les groupes de protection sociale Malakoff et Médéric
(2)Emission « Capital » sur M6 du 21/10/07
(3)Emission « Complément d’enquête » sur FR2 du 22/10/07
(4)Docteur Salengro, médecin du travail, Emission « Complément d’enquête » sur FR2 du 22/10/07

Patricia MOZDZAN
Psychologue Clinicienne