Tout ce qu’il faut savoir sur le deuil collectif


Après le choc brutal des attentats à Paris, le besoin de faire face à ses émotions et de manifester sa solidarité avec les proches des victimes peut prendre le dessus. Mais chaque personne réagit à sa façon.

recueillement Quand un événement tragique comme celui du 13 novembre 2015 frappe une ville, voire un pays entier, c’est toute la population qui sent le besoin d’exprimer sa douleur.
La Mairie de Paris a mis en place une cellule psychologique pour les victimes et les familles touchées avec un numéro unique (3975) et le ministère de l’Education nationale a annoncé le déploiement de cette même cellule dans les établissements scolaires d’Ile-de-France.
Cette démarche a pour objectif d’aider les victimes et les témoins à surmonter les premiers symptômes de stress post-traumatique. Mais qu’en est-il des autres personnes ?
Comme en témoignent les files d’attente devant les centres de don du sang, de nombreux Français ont envie d’aider et de se sentir utiles.

Lors d’un deuil collectif, de nombreuses émotions peuvent faire surface : colère, peur, sidération, terreur, perte des repères…
Mais d’après la psychologue et psychanalyste Patricia Mozdan, "le deuil national est quelque chose qui fait écho à chacun d’entre nous."
La collectivité est tellement multiple qu’elle ne peut pas vivre ce moment de la même façon. On peut se sentir concerné de près ou de loin et avoir du mal à surmonter les événements, ou bien avoir vécu soi-même un deuil difficile qui va remonter à la surface.

Des réactions variées

"Le rapport à la mort est très personnel", rappelle-t-elle. Au cours de ses consultations depuis le soir des attentats à Paris, la spécialiste a remarqué plusieurs types de comportements :

  • Une réaction neutre, résignée. La personne est triste et partage la souffrance générale, mais se dit qu’elle n’y est pour rien et qu’elle ne peut que continuer à vivre. Elle passe donc par une phase d’acceptation et de reconstruction d’elle-même.

  • Une réaction de paranoïa, qui exprime une envie de contrôle plus qu’une peur. Ce sont les personnes qui déclarent ne plus vouloir sortir, ne plus vouloir rien faire, et imposent parfois cette volonté à leurs proches. Il n’existe pas vraiment de solution face à cette réaction, car les personnes en question pensent savoir ce que d’autres ne savent pas, et elles profitent de ce "pouvoir" pour entretenir une paranoïa collective et pour contrôler leur entourage.

  • Une réaction de tristesse et de nostalgie, chez les personnes qui pleurent sur un temps révolu. La mort et la violence réveillent quelque chose en elles et les touchent particulièrement.

  • Une réaction de colère, chez des personnes qui n’ont pas l’habitude de s’énerver. Elles peuvent tout d’un coup devenir très grossières et sortir de leurs gonds en s’adressant à un agresseur comme s’il était devant eux et donnent l’impression d’être capables de "partir en guerre", de partir à l’assaut. C’est leur façon d’affronter les événements.

  • Une réaction de mutisme, un état de sidération. Ces personnes se disent qu’elles vivent quelque chose d’incroyable, voire d’impensable. "Dans ce cas, il faut faire attention à ne pas être dans le refus, dans le rejet total", précise la psychologue.

  • Un mélange de réactions à base de colère, de révolte contre une entité invisible. Certains peuvent se faire des reproches, avoir des remords, éprouver du dégoût ou de la répulsion, de la tristesse et de l’impuissance. Cette impuissance peut aller jusqu’à un regret de ne pas avoir été sur place et de ne pas avoir pris part aux événements afin de pouvoir exercer un certain pouvoir sur la situation.

  • Une réaction de recul. Certaines personnes ayant déjà vécu des situations de guerre ou de mort dans le passé arrivent à relativiser les événements.

La présence des armes complique davantage la situation, car c’est un élément auquel nous ne sommes par habitués, il nous est pas familier, ajoute Patricia Mozdan.

Ce deuil n’est pas lié à un accident ou à une mort naturelle, chaque personne se retrouve donc face à des émotions inconnues qui demandent du temps à être digérées et intégrées.

Auteur: Elena Bizzotto | Publié le 18/11/2015